Publié dans Blog, Broderie, Découverte, Inspiration, Nantes

Escapades automnales

Les vacances de la Toussaint ont été pour moi une source d’inspirations très diverses, glanées au cours d’escapades à Paris et en Bretagne. Depuis plusieurs semaines, ces inspirations d’automne me mènent surtout vers l’Art Déco et la broderie bretonne, mais pas que.

Première étape de ces escapades automnales: Paris. Je m’y suis rendue pour assister au plus GRANDIOSE concert de ma vie: j’ai vu The Rolling Stones en vrai!

Être témoin de l’énergie et de la simplicité de ce groupe de légende, qui berce ma vie depuis l’enfance, les voir s’amuser sur scène comme des enfants, pouvoir vibrer au rythme de leurs chansons en compagnie de plusieurs dizaines de milliers de personnes, de tous âges, ça a été un moment magique.

Ensuite, quitte à être dans la foule à Paris, j’en ai profité pour visiter l’exposition Christian Dior au musée des Arts Décoratifs. J’avais envie de belles matières, de mélanges de couleurs et de matériaux, d’un voyage dans les années 50 et 60, au gré de tenues qui les ont traversées.

Mes envies ont été délicieusement assouvies. Mais cette visite m’a surtout permis de faire deux rencontres inattendues.

La première a été provoquée par trois mots figurant sur les étiquettes de nombreuses pièces de la maison Dior: « brodé par Rébé » (c’est le cas pour deux des robes ci-dessus). La délicatesse et la beauté de ces broderies m’ont coupé le souffle. Une fois rentrée chez moi, j’ai voulu en savoir plus sur Rébé. Pas de page Wikipédia dédiée, il m’a fallu creuser un peu sur la toile. Je commence par apprendre que René Bégué, dit Rébé, a vécu 100 ans (1887-1987). Il a passé la fin de sa vie à Rabastens, une commune du Tarn. Il a légué sa collection de broderies, comprenant 1.800 maquettes de son travail pour les maisons de haute couture, au musée de cette commune, le Musée du Pays rabastinois. Je trouve une photo de lui aiguille en main sur un blog, et un complément d’informations biographiques sur un site de vente d’objets d’arts en ligne, qui propose une œuvre de Rébé à la vente. Tout ça me laisse sur ma faim, et je sais que Rébé réapparaîtra un jour dans mes recherches.

© Gilbert Franck Martinat/Emmanuel Chaussade

René Bégué (1887-1987), dit Rébé, fut un des grands noms de la Haute couture française durant un demi-siècle.
Fils du sculpteur sur pierres fines Fernand Bégué, il commence à travailler pour Paquin en tant que dessinateur et livreur de dentelles. En 1909, il rentre chez le brodeur Vitet qui lui laissera son enseigne lors de son départ à la retraite en 1911. Il saisit ainsi l’occasion de fonder sa propre maison.
Il devient un célèbre brodeur avec lequel les grands noms veulent collaborer : Dior, Balenciaga, Givenchy, Cardin, Balmain…Plusieurs cours royales lui passent commande pour des robes de mariées : la reine Fabiola, Soraya et Farah Diba. Il habille également les actrices en vogue : Sarah Bernahrdt, Marlène Dietrich, Sophia Loren …
Ayant vécu la fin de sa vie à Rabastens, il fait don au musée de sa collection et des maquettes. »

Après la visite de l’expo Dior, la librairie du Musée des Arts Décoratifs est le théâtre de mon coup de foudre (artistique) pour un total inconnu. Alors que je déambule dans les rayonnages, un livre attire mon regard. Il est magnifique. Je le feuillette un long moment. Je suis séduite par les illustrations qu’il contient, fines, riches, pleines de textures, elles stimulent immédiatement mon imagination. Je finis pourtant par le reposer. Je ne connais pas ce George Barbier, le livre est en anglais (et en japonais), et il y a suffisamment de livres sur les étagères du Petit Atelier Nantais pour stimuler mon inspiration. Je me dirige vers la sortie, décidée à ne pas céder. Mais le livre me rappelle à lui. Les douces couleurs de sa couverture brillante, le touché du papier, la qualité des reproductions… je flanche. Je le feuillette à nouveau, et mes dernières résistances cèdent à la page biographique, en fin d’ouvrage, quand je découvre que George Barbier est né en 1882… à Nantes.

En plus de m’être plongée dans ce bel ouvrage qui lui est consacré (George Barbier: Master of Art Deco – Fashion, Illustration and Graphic Design, par Hiroshi Unno, aux éditions PIE International), j’ai mené de nombreuses recherches sur son œuvre et sa vie, ces dernières semaines. L’attirance immédiate qu’il a suscitée en moi ne diminue pas. Pourquoi m’intrigue-t-il autant? Est-ce parce que nous sommes nés dans la même ville, à une petite centaine d’années d’écart? Est-ce la multiplicité de ses talents, de ses centres d’intérêt, des supports qu’il utilise dans son travail? Je n’en sais rien, mais j’emprunte avec beaucoup de plaisir les chemins vers lesquels cet intérêt inattendu me conduit. Je me laisse porter vers l’histoire de l’Art Déco, vers les Années Folles, vers des aspects de ma ville qui m’étaient inconnus. J’aime le « tissu d’inspiration » que cela génère en moi. Je ne sais vers quelles réalisations cela me mènera, mais le processus en lui-même est déjà suffisamment agréable pour être noté.

George Barbier en quelques images:

Voici deux œuvres de George Barbier, cataloguées sans titres au Musée des Beaux-Arts de Nantes (mais je suis sûre que la deuxième est un autoportrait):

Et voici un « Portrait de George Barbier » par Clémentine-Hélène Dufau, également au Musée des Beaux-Arts de Nantes:

Si je reprends le fil de mes escapades automnales, la Bretagne a succédé à Paris. La Bretagne est un de mes endroits préférés au monde. J’aime les couleurs, les sons, les odeurs de la Bretagne. C’est aussi la terre de mes ancêtres et j’en suis fière.

Cet automne, j’ai découvert Locronan. J’ai été sensible à la beauté de cette « petite cité de caractère », préservée du passage du temps et de la modernisation architecturale. J’ai apprécié le calme de ses rues (qui le sont peut-être moins en saison estivale) et la diversité de ses échoppes artisanales (cuir, verre, textile, bijoux). Dans l’église du village, l’église St Ronan, je suis restée en admiration devant de magnifiques bannières de procession, éblouie par leurs couleurs et la richesse de leurs détails. J’ai noté dans un coin de ma tête d’ajouter Locronan et ses bannières à mes « recherches à faire ». Cette liste de recherches s’est encore étoffée à la sortie du village, au moment de rejoindre le parking. Face à ma voiture, j’aperçois un bâtiment abandonné, sur lequel je déchiffre une inscription délavée: « Atelier St Ronan Tissage artistique à la main ». Je ne résiste pas à l’envie de m’approcher, avec l’espoir de découvrir que les lieux ne sont pas aussi abandonnés qu’ils en ont l’air. Mais ils le sont.

Quand je m’attelle à cette partie de mes « devoirs de vacances » en rentrant chez moi, je découvre rapidement que les tissages que j’ai admirés dans l’église St Ronan sont des bannières de processions dessinées par l’artiste breton Pierre Toulhoat et réalisées par la maison Le Minor de Pont L’Abbé. Entre 1953 et 2007, Pierre Toulhoat et la maison Le Minor ont collaboré sur la création de treize bannières de procession, comme le raconte un article du Télégramme, au moment de la livraison de la 13e bannière à l’église de St Ronan en 2007.

Tirer le fil de l’atelier St Ronan m’amène à découvrir que Locronan fut une cité des tisserands reconnue dans toute  l’Europe dès le 15e siècle, pour ses toiles de chanvre servant à la fabrication de voiles de bateau et ses toiles de lin servant à la confection de vêtements ou de linge. En déclin dès la fin du 18e siècle, la manufacture de toiles de Locronan ne résiste pas à la Révolution Industrielle. Quelques tisserands continuent d’y travailler, souvent par tradition familiale, mais en 1921, on ne recense plus trace de ce métier dans l’ancienne cité des tisserands.

En 1935, M. Le Berre et Mme Andrieux, un commerçant de Quimper et une tisserande, décident de raviver la flamme du tissage à Locronan, et c’est là l’origine du bâtiment délabré devant lequel je me suis arrêtée il y a un mois. Tous deux s’associent pour acheter quatre métiers à tisser qu’ils installent à Locronan, et ils donnent ainsi naissance à l’atelier de tissage artistique St Ronan, qui sera actif jusqu’en 1991 (voir plus de détails à la source de ces informations et des deux cartes postales en noir et blanc ci-dessus et ci-dessous).

Là encore, il me reste quelques pistes à creuser, qui nécessiteraient que je retourne à Locronan, ce qui ne manquera pas d’arriver.

Quand je pense à toutes ces sources d’inspirations qui m’ont touchée en l’espace de quelques jours, je me sens chanceuse. Ce qui en résulte pour le moment, c’est un retour au fil à broder… que je crochète. La nouvelle gamme de 35 couleurs de mouliné DMC m’inspire des petites fleurs qui poussent facilement et qui attendent de trouver leur place dans un projet plus grand. Je reste dubitative devant l’anonymat relatif de Rébé et de George Barbier, tout comme devant l’abandon d’un atelier artisanal qui ne demanderait qu’à revivre. Une escapade, ce n’est que quelques jours d’ailleurs, mais je sens que celle-ci va nourrir mon inspiration et ma réflexion pendant un certain temps.

Auteur :

J'écris, je crochète, je couds, je brode, je bricole, je découvre... en écoutant de la musique (beaucoup de musique) dans mon Petit Atelier Nantais.

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